Électrocardiogramme normal de l’adulte

L’électrocardiogramme est une projection graphique de l’activité électrique du muscle cardiaque. Pour la petite histoire, le premier enregistrement d’un électrocardiogramme est apparu il y a plus d’un siècle grâce aux travaux de Willem Einthoven.

Aujourd’hui, cet examen reste essentiel dans une consultation cardiologique. L’analyse de ses résultats donne de nombreuses informations sur l’état de santé cardiaque et permet de déceler l’existence d’anomalies du rythme cardiaque, de la conduction de l’influx nerveux, du myocarde ou encore du péricarde. Mais pour déterminer si un électrocardiogramme présente des anomalies, encore faut-il savoir les caractères d’un électrocardiogramme normal.

Rythme et fréquence cardiaque

Pour déterminer le rythme cardiaque à partir d’un électrocardiogramme, il faut analyser une dérivation constituée d’un tracé d’au moins 12 complexes. On prend la plupart du temps la dérivation DII. Le rythme cardiaque normal est un rythme sinusal présentant 3 caractéristiques :

  • Une fréquence cardiaque comprise entre 60 et 100 bpm ;
  • Une onde P suivie d’un complexe QRS et inversement ;
  • Une onde P positive en DII et négative en aVR ;

Il existe plusieurs manières de déterminer la fréquence cardiaque à partir d’un ECG. La plus précise consiste à utiliser une règle graduée. Une autre, plus approximative, consiste à diviser le nombre 300 par le nombre de grands carrés séparant 2 complexes QRS. Lorsque la fréquence cardiaque est inférieure à 60 bpm, on parle de bradycardie. Lorsqu’elle est supérieure à 100 bpm, on parle de tachycardie.

Complexe QRS

Sur le plan morphologique, le complexe QRS est variable suivant les dérivations. Normalement, l’onde R croît de V1 à V6 où elle est souvent maximale. La dérivation au sein de laquelle les ondes R et S ont la même amplitude est dite zone de transition. Il faut également retenir l’absence d’onde Q en précordiales droites. Celle-ci ne devrait apparaitre que dans les précordiales gauches en étant fine et peu profonde.

Pour ce qui est de la valeur normale de l’axe de QRS dans le plan frontal (Â QRS), elle est de + 60° avec des variations de 0 à 90° chez un adulte normal, suivant la morphologie du thorax. L’analyse de la déviation de cet axe est très pertinente dans les hypertrophies et les troubles de conduction intraventriculaire.

Pour l’amplitude du QRS, même si elle est très variable dans les dérivations frontales, elle ne devrait pas dépasser 15 mm en DI et 12 mm en aVL. Lorsqu’elle est inférieure à 5 mm dans ces dérivations, on parle de microvoltage. Dans les dérivations précordiales, divers critères sont utilisés pour vérifier la normalité :

  • Indice de SokoloV-Lyon : SV1 + RV5. La valeur est normale si inférieure à 35 mm. Au-delà, il peut s’agir d’une hypertrophie ventriculaire gauche ;
  • Indice de Lewis : (RDI-RDIII + SDIII-SD1). La valeur est normale entre -14 et + 17. Inférieure à -14, il y a hypertrophie ventriculaire droite. Supérieure à + 17, il y a hypertrophie ventriculaire gauche ;
  • Indice de Cornell : SV3 + RaVL. Les valeurs normales sont inférieures à 20 chez la femme et inférieures à 28 chez l’homme ;
  • Le R/S est inférieur à 1 en V1 et supérieur à 2 en V6. Autrement, le tracé laisse penser à une hypertrophie ventriculaire droite.

Pour la durée du complexe QRS, elle est en moyenne de 0,08 s, et devrait rester au-dessous de 0,010 s. Au-delà de ce seuil, il faut s’attendre à un asynchronisme de dépolarisation des 2 ventricules dû à un trouble de conduction intraventriculaire.

Repolarisation ventriculaire : segment ST, onde T, intervalle QT

Le segment ST est normalement isoélectrique. Notez également que la fréquence des sus-décalages de ST et du point J peut atteindre 2 à 3 mm dans les précordiales V2-V5 chez les sujets normaux.

L’onde T est généralement de faible amplitude, asymétrique, avec la pente ascendante plus faible que la pente descendante, et de même sens que le QRS. De plus, elle est positive en DI, DII, DIII, aVF ainsi qu’en V2 à V7. Son amplitude est inférieure à 5 mm en périphérie et 10 mm en précordial.

Notez enfin que l’intervalle QT varie en fonction de la fréquence cardiaque. Quand cette dernière avoisine les 60 bpm, la durée de l’intervalle QT est de 0,4 s.